Portraits d’auteurs
pr Pare Daouda : un enseignant, un critique, un Homme
Pr Pare Daouda : un enseignant, un critique, un Homme
Le Pr Daouda Pare, un universitaire passionnĂ© de littĂ©rature et de volley-ball, nous laisse entrevoir un monde oĂą les mots prennent vie sans s’essouffler. Professeur de littĂ©rature française contemporaine Ă l’UniversitĂ© de NgaoundĂ©rĂ©, il est Ă©galement Ă©crivain, critique littĂ©raire et PrĂ©sident d’honneur de La Maison du LittĂ©raire. Chez lui, la littĂ©rature n’est jamais un territoire figĂ©. Elle est une zone de frottement, un espace oĂą les marges parlent avec autant de force que les centres, oĂą les Ĺ“uvres rĂ©putĂ©es secondaires rĂ©vèlent parfois plus de vĂ©ritĂ© que les monuments consacrĂ©s. C’est dans cette attention constante aux Ă©critures pĂ©riphĂ©riques que se dessine l’originalitĂ© de son parcours intellectuel.
Chercheur attentif aux voix discrètes, aux formes déviantes et aux textes qui résistent aux classifications classiques, il s’est imposé comme l’un des lecteurs les plus fins de ce que l’on nomme la littérature marginale. Non pas marginale par pauvreté ou faiblesse, mais marginale par choix esthétique, par stratégie d’écriture, par refus des normes dominantes. Pour lui, la marge n’est jamais un lieu d’exclusion : elle est un laboratoire.
Cette approche trouve un terrain d’expression privilégié dans ses travaux consacrés à Georges Perec, auteur qu’il lit avec une patience d’orfèvre et une curiosité jamais rassasiée. Là où certains voient des jeux formels, des contraintes gratuites ou des expériences ludiques, le Pr Paré Daouda décèle une pensée profonde de l’écriture, une interrogation continue sur l’absence, la mémoire, le quotidien et le silence. Ses analyses mettent en lumière la manière dont Perec transforme la contrainte en liberté, et l’effacement en mode de présence au monde.
À travers ses études des œuvres perecquiennes, il montre que l’écriture dite marginale est souvent une écriture de la rigueur extrême. Elle demande une lecture lente, presque complice. Il insiste sur la dimension humaine de ces textes : derrière les listes, les lipogrammes ou les structures fragmentées, se cache une sensibilité aiguë, parfois mélancolique, toujours lucide. Son travail critique redonne ainsi à Perec sa densité existentielle, loin des lectures purement techniques. Cette passion pour Perec n’efface pourtant pas son admiration pour Molière, autre pilier de son univers littéraire. Mais là encore, son regard se distingue. Il ne se contente pas d’un Molière figé dans les manuels ; il s’intéresse aux tensions, aux zones d’ambiguïté, aux failles comiques qui révèlent une profonde connaissance de l’âme humaine. Chez l’un comme chez l’autre, il traque ce qui dérange, ce qui déplace, ce qui oblige à relire autrement.
En fin de compte, son travail rappelle une évidence souvent oubliée : la littérature la plus discrète est parfois celle qui parle le plus longtemps. Et c’est dans cet espace fragile, à la lisière des catégories, que le Pr Paré Daouda a choisi d’inscrire durablement sa réflexion.
Il a Ă©crit des ouvrages, des Ĺ“uvres littĂ©raires, des articles scientifiques ainsi que d’autres textes sans oublier ses contributions dans des magazines littĂ©raires cĂ©lèbres. Parmi ses ouvrages, nous pouvons citer entre autres :
- Littératures et déchirures (avec Clément Dili Palaï), L’Harmattan, 2008 ;
- Contraintes formelles et production de texte. Lire La Disparition de Georges Perec, CLE, 2010Â ;
- Georges Perec, un cas de marginalité littéraire, EUE, 2022 ;
- Accord Perdu (poésie), L’Harmattan, 2013 ;
- Métamorphoses féminines (avec Elisabeth Yaoudam), Archives Contemporaines, 2018 ;
- L’Identité en question. De la quête de soi à la rencontre de l’autre (Avec Zouyane Gilbert), D&L, 2020 ;
- Voyage en terre d’Islam (récit), Ifrikiya, 2023 ;
- Écriture décentrée en postmodernité : de la sexualité marginale à la vie reconstruction identitaire (avec Marcel Taïbe), Challenges Littéraires Éditions, 2025.
Au-delà du chercheur et du critique, le Pr Paré est d’abord un maître au sens ancien du terme, c’est-à -dire un homme qui transmet autant par la parole que par la posture. Dans l’amphithéâtre comme dans les échanges plus discrets, il enseigne avec une sobriété qui rappelle les grands savants de l’Antiquité. Rien de théâtral, rien de tapageur : seulement la clarté, la patience et une autorité tranquille qui naît de la maîtrise absolue de son domaine.
Son humanisme se manifeste dans cette manière rare de rendre la connaissance accessible sans jamais l’appauvrir. Il explique sans écraser, il éclaire sans se mettre en scène. À l’écouter, on a parfois l’impression qu’il ne fait que rappeler des évidences, tant son discours est limpide. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une rigueur intellectuelle profonde, nourrie par des années de lecture, de réflexion et de fréquentation intime des textes.
Calme et doux, mais toujours efficace, il sait capter l’attention sans hausser la voix. Ses cours ne cherchent pas à impressionner ; ils cherchent à former. Il ne s’agit pas seulement de comprendre une œuvre ou une théorie, mais d’apprendre à penser, à questionner, à douter intelligemment. C’est en cela que beaucoup de ses étudiants découvrent, parfois tardivement, qu’ils aiment la littérature : parce qu’il leur a montré qu’elle peut être une aventure intérieure et non une simple matière académique.
Le Pr Paré sait aussi ajuster sa place. Il peut être enseignant, exigeant et méthodique, quand le cadre l’exige. Il peut être père intellectuel, attentif et protecteur, lorsque l’étudiant vacille ou doute de lui-même. Cette capacité à faire la part des choses est l’un de ses traits les plus remarquables. Jamais il ne confond son rôle professionnel avec d’autres considérations. Jamais il ne laisse l’affect brouiller l’exigence, ni l’exigence effacer l’humanité. Dans un milieu professionnel souvent traversé par les rivalités, les querelles internes et les petites bassesses, il demeure à distance. On ne le trouve ni dans les intrigues, ni dans les conflits stériles. Cette discrétion n’est pas un retrait, mais un choix éthique. Il préfère le travail silencieux, la transmission patiente, la fidélité à la mission universitaire plutôt que les luttes d’ego.
Très apprécié par ses étudiants, il porte sur eux un regard profondément respectueux. Il est de ceux qui croient que chaque étudiant possède en lui quelque chose d’exceptionnel, parfois enfoui, parfois maladroit, mais toujours perfectible. Il ne juge pas pour condamner. Il ne critique jamais pour humilier. Lorsqu’il corrige, c’est pour orienter ; lorsqu’il exige, c’est pour élever. Il pousse sans brusquer, il encourage sans flatter. Chez lui, l’enseignement n’est pas une démonstration de pouvoir, mais un acte de confiance. Il accompagne les étudiants vers ce qu’ils peuvent devenir, convaincu que la perfection n’est pas un état figé, mais une recherche constante du meilleur de soi. Et c’est sans doute cette foi discrète en l’humain qui fait de lui, autant qu’un grand professeur, un homme profondément respecté.
En dehors de ses activitĂ©s acadĂ©miques, le Pr Pare Daouda est arbitre international de Volleyball, une activitĂ© qui lui permet de se ressourcer et de trouver l’Ă©quilibre nĂ©cessaire Ă sa crĂ©ativitĂ© littĂ©raire et sa noble profession.