Interview du Pr Assana Brahim, théoricien de « l’écrivaintologie »
Depuis quelques années, de nouvelles approches théoriques enrichissent la réflexion sur la littérature et ses pratiques. Parmi elle, figure l’écrivaintologie, une théorie proposée par le Pr Assana Brahim, enseignant-chercheur et écrivain camerounais. Deux ans et demi après son émergence, cette théorie continue de susciter l’intérêt du monde universitaire et littéraire. Afin d’en comprendre les fondements, les objectifs et les perspectives, La Maison du Littéraire est allée à la rencontre de son initiateur pour un entretient consacré à cette démarche intellectuelle originale.

LML (La Maison du Littéraire) : Qui est le Pr Assana Brahim ?
AB (Assana Brahim) : Assana Brahim est un écrivain (ou mieux un écrivaintologue) et universitaire camerounais né en 1983 au Nord-Cameroun. Il est enseignant de Sciences du langage au Département de Français à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humains de l’Université de Ngaoundéré où il exerce depuis le 18 novembre 2011, date de sa prise de service. Titulaire d’une thèse de Doctorat/Ph.D. en Sciences du langage (Langue française) obtenue le 16 décembre 2015 à l’Université de Ngaoundéré, il est Professeur titulaire des universités. Jusqu’à présent, ses activités portent essentiellement sur l’enseignement, la recherche et l’appui au développement. Sur le plan de l’enseignement, il assure, depuis son recrutement, des cours et des travaux dirigés des unités d’enseignement portant sur la linguistique, les sciences de la communication et les arts du spectacle. Sur le plan de la recherche, ses activités portent principalement sur les sciences du langage, plus précisément sur les questions de l’analyse du discours. Il est connu pour être le théoricien de l’écrivaintologie. Il est auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques, ainsi que de plus d’une quinzaine d’œuvres littéraires publiés respectivement entre 2010 et 2026.
LML : Qu’est-ce que l’écrivaintologie ?
AB : De manière simple, l’écrivaintologie est la théorie de l’écrivain effaceur et de la littérature effacée. Aussi, l’écrivain est une personne qui n’écrit que pour effacer. Elle fait émerger le concept de « l’écrivain-effaceur » qui peut aussi être un « écrivain effacé » ou mieux une « littérature effacée » (notamment par l’énonciation ou l’intelligence artificielle). L’écrivaintologue est donc une sorte d’ « effaceur effacé ». Il peut être illustre (avec une prospérité posthume) ou effacé par le temps, parce qu’il a été un auteur raté, inapte, censuré ou critiqué comme nul.
L’écrivaintologie est une tentative de recentrage de la notion de la littérature autour de l’idée de l’effacement. Elle est un courant littéraire qui définit tout ce qui se rapporte au fait littéraire (écrivain, œuvre, public, éditeur, événement culturel) d’un point de vue de la disparition. C’est parce que cette disparition est souvent paradoxale et marquée par l’effet de dédoublement qu’on préfère parler de dis-parution. Cela se manifeste par un paradoxe (écrire, c’est effacer) traduit par le postulat : être et ne pas être à la fois.
LML : D’où vient l’idée de cette théorie ?
AB : L’idée de la théorie écrivaintologique vient de la création d’un personnage de ma pièce Le somnambule qui déambule qui est en quelque sorte un acteur « effacé ». Plus tard, elle s’est élargie à l’écrivain et à la littérature surtout avec le développement du concept de « dis-parution ».
LML : Est-ce une théorie d’analyse des textes, un courant esthétique ou les deux à la fois ?
AB : Elle est à la fois un art poétique (un courant esthétique) et une critique littéraire (servant d’analyse des textes). Pensée épistémologique de type philosophique, elle est une démarche scientifique qui s’étend aux sciences sociales et humaines en général.
LML : Quels problèmes littéraires l’écrivaintologie vient-elle résoudre ?
AB : Pour être identifié comme faisant partie de la théorie et du mouvement littéraires de l’écrivaintologie, voici une liste de problématiques de recherche et de thématiques d’écriture non exhaustive qui doivent être au centre des préoccupations de créativité artistique (littérature, cinéma, musique, peinture, sculpture) ou d’approche scientifique (pour être un écrivaintologiste) :
– Axes de réflexion : amour, identité, effacement, absence, métamorphose, disparition, rénovation, transformation, dédoublement, paradoxe, caricature, mélange, deshumanisation, progrès scientifique et technologique.
– Genres : (nouveau) roman (auto)biographique, récits surréalistes, science-fiction, poésie intimiste (en prose), théâtre absurde, fable, conte, mythe, épopées, proverbe.
– Personnages : écrivains, fantômes, somnambules, jumeaux, détraqués, amoureux, extraterrestres, hypocrites, ambiguës, surréalistes, robots, survivants, LGBT+.
– Dis-parution : textes anonymes, plagiat et impostures littéraires, pastiche, débrayage, censure, pseudonymie.
– Biographie, autobiographie, rétrographie : transformation l’écrivain en personnage dans un livre ou un personnage en écrivain ou en toute autre personne dans la vie.
– Écriture par l’Intelligence artificielle : intérêt aux écrivaintoïdes et aux autres sujets de l’humanité numérique (dis-paruture).
– Identité littéraire : dédoublement de l’auteur, transformation de l’identité de l’écrivain.
– Vie littéraire dans les réseaux sociaux : dédoublement à travers l’infox, sextage, capping, personnage numérique (agorature), fakes.
– Littérature orale rénovée : littérature audiovisuelle, traduction automatique, lecture automatique des textes numériques, littérarité et dé-extinction, livres saints et auctorialité, traces scripturales de l’oralité (oravaintologie).
– Prélittérature : littérature des fautes, réécriture comme un nègre, masquage de l’identité énonciative, littérature embryonnaire et genèse des œuvres célèbres, production des textes scolaires, écrivain en herbe (lettrature).
– la « littérature de la rumeur » : substitution du vrai par le vraisemblable, transposition du réel dans l’univers fictionnel, plaintes contre les auteurs ou les soupçons sur la disparition d’un écrivain.
– Entrepreunariat du livre : problématiques juridiques des publications, rôle correctif de l’édition, redéfinition du pacte scripturaire par la lecture, construction de la paratopie par la réception légitimant, révolutions littéraires, survie de l’écrivain par la consommation, panthéonisation des auteurs
– Littérature « scientifique » : transformation d’horizon d’attente, littérature d’idée, hybridation des genres et des domaines de production littéraire, artistique et scientifique.
LML : Quelles sont ses caractéristiques fondamentales ?
AB : Écrivaintologiser, c’est exister sans être, manipuler, cyber-criminaliser la littératie. L’écrivaintologie pousse la réflexion jusqu’à l’idée de la déconstruction de l’écrivain sujet aux tribulations de l’avancée scientifique et technologique, car à force de robotiser la voix, on finira par aboutir à une société sans écriture (ou d’une littérature sans création, ni écrivain). Cette nouvelle littérature vocale ou orale sera une écriture déchiffrée par la machine, un machin sans lequel le littéraire se lit comme des hiéroglyphes. Les écrits seront muets, le lecteur un Champollion, l’auteur un « capsule royal » comme Ramsès ou Cléopâtre. Aussi, l’écrivain, un scribe dont le décryptage du texte est une quête de soi et de l’universel, devient-il le personnage d’un papyrus.
LML : Existe-t-il des exemples d’œuvres écrivaintologiques ?
AB : Il y a beaucoup d’œuvres d’inspiration écrivaintologique (d’après leurs auteurs). Toutefois, la véritable œuvre écrivaintologique pour le moment est Le somnambule qui déambule (2026).
LML : Comment devient-on écrivaintologue ?
AB : L’écrivaintologue est un écrivain effaceur ou effacé et un auteur de toutes les situations paradoxales comme le plagiat, le métier du nègre ou de l’écrivain public. La dis-parution prend souvent le sens de dédoublement dans les pratiques littéraires comme : la réécriture, le palimpseste, l’adaptation cinématographique des œuvres, les pastiches.
Pour être identifié comme faisant partie de la théorie et du mouvement littéraires de l’écrivaintologie, voici une liste de problématiques de recherche et de thématiques d’écriture non exhaustive qui doivent être au centre des préoccupations de créativité artistique (littérature, cinéma, musique, peinture, sculpture) ou d’approche scientifique (pour être un écrivaintologiste) :
– Axes de réflexion : amour, identité, effacement, absence, métamorphose, disparition, rénovation, transformation, dédoublement, paradoxe, caricature, mélange, deshumanisation, progrès scientifique et technologique.
– Genres : (nouveau) roman (auto)biographique, récits surréalistes, science-fiction, poésie intimiste (en prose), théâtre absurde, fable, conte, mythe, épopées, proverbe
– Personnages : écrivains, fantômes, somnambules, jumeaux, détraqués, amoureux, extraterrestres, hypocrites, ambiguës, surréalistes, robots, survivants, LGBT+.
– Dis-parution : textes anonymes, plagiat et impostures littéraires, pastiche, débrayage, censure, pseudonymie.
– Biographie, autobiographie, rétrographie : transformation l’écrivain en personnage dans un livre ou un personnage en écrivain ou en toute autre personne dans la vie.
– Écriture par l’Intelligence artificielle : intérêt aux écrivaintoïdes et aux autres sujets de l’humanité numérique (dis-paruture).
– Identité littéraire : dédoublement de l’auteur, transformation de l’identité de l’écrivain.
– Vie littéraire dans les réseaux sociaux : dédoublement à travers l’infox, sextage, capping, personnage numérique (agorature), fakes.
– Littérature orale rénovée : littérature audiovisuelle, traduction automatique, lecture automatique des textes numériques, littérarité et dé-extinction, livres saints et auctorialité, traces scripturales de l’oralité (oravaintologie).
– Prélittérature : littérature des fautes, réécriture comme un nègre, masquage de l’identité énonciative, littérature embryonnaire et genèse des œuvres célèbres, production des textes scolaires, écrivain en herbe (lettrature).
– la « littérature de la rumeur » : substitution du vrai par le vraisemblable, transposition du réel dans l’univers fictionnel, plaintes contre les auteurs ou les soupçons sur la disparition d’un écrivain.
– Entrepreunariat du livre : problématiques juridiques des publications, rôle correctif de l’édition, redéfinition du pacte scripturaire par la lecture, construction de la paratopie par la réception légitimant, révolutions littéraires, survie de l’écrivain par la consommation, panthéonisation des auteurs
– Littérature « scientifique » : transformation d’horizon d’attente, littérature d’idée, hybridation des genres et des domaines de production littéraire, artistique et scientifique.
LML : Après deux ans et demi d’existence, quel bilan ou quelles avancées pouvez-vous dresser de cette théorie ?
AB : L’écrivaintologie a fait l’objet de trois publications (d’autres sont en cours), d’une Journée d’études à l’Université de Ngaoundéré, de quelques conférences et surtout d’une bonne couverture médiatique.